Programme - dernière version
Lieu : salle Vasari, INHA
2 rue Vivienne 75002 Paris
9h-17h
Entrée libre
Contact: Anika Disse, EHESS (GAHOM), info@professionchercheur.org
Programme
· 9h00 Anika DISSE, EHESS-GAHOM, Introduction aux journées d’études
· 9h20 Huguette RIGOT, Régimes d’autorité et pratiques ordinaires de recherche en sciences humaines et sociales, Sciences de l’Information et de la Communication , Université Paris X – Nanterre
Parler d’autorité et de légitimité du chercheur à partir d'une analyse des situations de travail et des pratiques les plus ordinaires de la recherche peut sembler paradoxal. De fait, comment articuler valeur de la connaissance produite et savoir-faire du quotidien ?
Pourtant, ce paradoxe n'est qu'apparence si on resitue les pratiques de recherche et les productions scientifiques à partir de l'hypothèse de l’existence de trois régimes d'autorité : une autorité institutionnelle (rapports intracommunautaires et intercommunautaires et rapports avec la société, une autorité énonciative (mise en jeu de la figure symbolique du « je » de l’auteur et celle, polyphonique des autres discours scientifiques) et une autorité pragmatique (pratiques scientifiques situées dans un environnement, articulant le faire, le penser et le dire). Le chercheur est un individu socialement reconnu comme tel qui produit des énoncés situés, singuliers et polyphoniques et qui met en œuvre un ensemble d’actes informationnels dont les traces (bibliographies, index, citations, notes en bas de page, etc.) sont exhibées à travers les énoncés produits.
Une actuelle recherche menée sur « les actes bibliographiques des chercheurs en SHS » permet de mettre en évidence deux niveaux de mutations affectant les pratiques et de définir des figures de chercheur assez contrastées à partir des trois dimensions de l’autorité.
· 10h00 Yann CALBERAC, « Sur le terrain si j’y suis ». Autorité et légitimité des énoncés géographiques, Géographie, ENS Lettres et Sciences humaines, Lyon
Cette communication vise à interroger la fonction légitimante du terrain chez les géographes. Phase empirique de collecte des données au contact de la réalité observée, le terrain constitue une pratique répandue et partagée chez tous les géographes, quels que soient leur génération et leur champ d’étude. Lieu autant que moment de la recherche, le terrain est une construction complexe qui mêle à la fois l’intellectuel, l’intuitif, le sensible et l’affectif. Bien plus, il participe pleinement des processus de légitimation au travers de trois instances qui s’y déploient : le savoir-faire mobilisé, les savoirs formulés et le faire savoir. Elles font du terrain autant une source d’informations qu’un argument d’autorité dont peut se prévaloir le géographe dans sa quête de légitimité.
10 h 40 Pause
· 10h50 Madalina VARTEJANU-JOUBERT, Orient, histoire ancienne et autres disciplines, EHESS - Centre d’Etudes Juives, Paris
La communication s’interrogera sur le statut de la discipline « histoire » dans le cadre des études sur l’Orient ancien. Ce sera principalement un témoignage issu de mon parcours de chercheur à formation mixte : roumaine, française, israélienne. L’histoire arrive-t-elle à garder une autonomie disciplinaire ? Peut-on définir une mutation contemporaine dans la cartographie de la discipline ?
· 11h30 Discussion
Déjeuner
· 13h20 Nathalie HEINICH, Pour une neutralité engagée, Sociologie de l’art, EHESS, CNRS, Paris
Dans un premier temps, je propose de distinguer différentes postures dans ce qu’on nomme l’« intellectuel » : celle du chercheur, qui comprend et explique le monde social grâce à des méthodes spécifiques ; celle de l’expert, qui utilise sa connaissance d’un domaine pour répondre à des demandes pratiques ; celle du penseur, qui tâche de justifier ou de critiquer une situation au nom de certaines valeurs. Ensuite, je distingue entre différents registres d’énonciation (les jugements de faits et les jugements de valeurs) ; entre les différents niveaux référentiels de l’énonciation, au niveau de l’expérience commune et au niveau épistémique ; enfin, entre les différents sens attribués à la notion de valeur. Ces distinctions permettent de mieux comprendre les résistances auxquelles la question de la neutralité du chercheur se heurte aujourd’hui, et les raisons de l’ambivalence propre à notre milieu face à la question de l’engagement. A travers une application concrète au cas de l’art contemporain, la neutralité du sociologue, loin d’être une fuite hors des préoccupations des acteurs, apparaît ainsi comme une façon d’entrer autrement dans la mêlée.
· 14h00 Pierre HEBRARD, Quelle légitimité pour une connaissance critique dans une discipline nouvelle ? Les sciences de la formation, Sciences de la formation, Université Paul Valéry Montpellier
14 h 40 Pause
· 14h50 Sandra DELACOURT, La légitimité de l’histoire de l’art face à la vérité de l’artiste-historien, Histoire de l’art, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
Près de quatre décennies se sont écoulées depuis que la « vieille discipline aristocratique » que représentait l’histoire de l’art a entamé une révision profonde de ses méthodes et objectifs. Pourtant, bien que débarrassée de toute posture dogmatique ou internaliste, l’histoire de l’art souffre toujours davantage d’une perte d’autorité, voire de légitimité. Dépossédée de son objet d’étude, l’histoire de l’art se dit confrontée à « un cannibalisme » des sciences humaines et à une rivalité croissante avec le musée. Bien que nécessaire, la réflexion sur cette querelle d’autorité intellectuelle tend pourtant à occulter les fondements profonds de ce malaise, à savoir la remise en question par les artistes, eux-mêmes, de toute autorité extérieure sur l’analyse et la diffusion de leur travail. Sceptiques quant à la dimension lacunaire des données sur lesquelles repose l’histoire des chefs-d’œuvre ou quant aux méthodes de leur analyse, Ad Reinhardt, Donald Judd, Robert Morris ou encore les artistes d’Art & Language, opposent aux méthodes traditionnelles de l’histoire de l’art (par l’ironie, la revendication de l’empirisme ou encore l’historicisation de leur propre travail) la « vérité » historique de l’artiste. Proposant de nouvelles interactions entre art et histoire, cette nouvelle figure de « l’artiste-historien » impose une redéfinition de l’historien en tant que figure légitime de la recherche sur l’art contemporain.
· 15h30 Didier PLASSARD, Pratiques de recherche en études théâtrales, ou cinq difficultés pour établir la vérité, Etudes théâtrales, Université Rennes 2 - Haute Bretagne
Nées au début des années 1960, les études théâtrales ont construit leur identité en centrant leur attention sur la scène contemporaine, dans un dialogue étroit avec les praticiens. L’activité du chercheur, dans ce contexte, se trouve ainsi constamment exposée – au double sens de ce mot : à la fois offerte aux regards, dans un débat public stimulant avec la création, et menacée de se dissoudre dans un simple commentaire critique (sinon journalistique) de l’actualité.
Après une brève présentation de la discipline, je me propose d’examiner cinq des difficultés méthodologiques auxquelles la recherche se heurte aujourd’hui et qui, lorsqu’elles ne sont pas surmontées, constituent autant d’obstacles à la reconnaissance de sa légitimité : la construction de l’objet, la construction du point de vue, la construction du sens, l’élaboration des hypothèses, leur validation. Ce dernier point fera l’objet d’un examen particulier. Le point de vue que j’envisage de développer est que cette validation emprunte deux chemins privilégiés, l’effet d’autorité (d’Aristote à Derrida) ou la confirmation par le terrain (la conformité avec le discours du praticien), et qu’elle néglige trop souvent les voies de l’enquête (accumulation d’indices convergents, inscription dans un contexte), telles que les pratiquent l’histoire de l’art ou les études littéraires par exemple.
· 16h10 Discussion et conclusion de la journée
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· 9h00 Cécile DUTEILLE, Le phénomène de la rencontre humaine. Les objets transversaux et leur légitimation en sciences humaines et sociales, Sociologie, Université Paul Valéry Montpellier
Cette communication a pour but d’examiner et de discuter des procédures et de la méthodologie de la recherche en Sciences humaines et sociales et plus particulièrement en sociologie.
L’émergence d’objets d’études se situant aux frontières des paradigmes d’intelligibilité (le temps, la mort, le corps,…) pose la question de leur légitimité dans un champ déterminé.
Il s’agit d’interroger l’écart existant entre des méthodologies bien identifiées et instituantes — désignées comme légitimes et légitimantes, et à partir desquelles le label « sociologique » peut-être apposé — et des objets d’études excédant les limites de ces procédés de connaissance. Ces objets n’en intéressent pas moins la recherche sociologique.
Le phénomène de la rencontre humaine entre dans cette catégorie. Étudié selon les manières classiques, « légitimes », il apparaît sous un point de vue qui obtient des résultats mais au prix d’une réification problématique de l’objet. Cette réification est le produit d’une application parfois systématique et irréfléchie des critères de scientificité hérités des sciences dites « dures » : (preuve statistique, terrain d’expérimentation, objectivisme, rationalisme, naturalisme).
La thèse que j’ai soutenue à ce propos posait implicitement la question suivante : comment éviter de réifier la rencontre en sociologie et proposer malgré tout une étude légitime de l’objet ?
· 9h40 Séverine LEPAPE, De l’usage des statistiques en histoire, Histoire et civilisations, EHESS-GAHOM, Paris
Notre propos est d’ouvrir la réflexion sur l’utilisation d’une méthode sans doute sous-exploitée par les chercheurs en histoire, les statistiques et plus particulièrement, les analyses factorielles. Si les statistiques, en effet, constituent un instrument élémentaire en sociologie, l’histoire, mis à part certains champs comme l’histoire économique, a répugné à employer cette méthode dont on préjugeait que les résultats donnés seraient inexploitables, voire biaisés.
Comment considérer l’Histoire comme une suite de données quantitatives ? Car les statistiques ne sont rien de plus qu’un système de calculs et d’analyse de ces calculs, et finalement, employer ce type de méthode sur un objet d’étude aussi complexe dénote d’une vision orientée de l’Histoire, celle de la quantification de données qui fait et donne sens.
A travers l’exemple de notre thèse d’Ecole des Chartes, nous aimerions apporter un témoignage sur l’application de cette méthode à une étude iconographique, celle de l’Arbre de Jessé en France du Nord, du XIIIe au XVIIe siècle.
Nous nous emploierons à expliquer le fonctionnement de cette méthode, de manière théorique tout d’abord, puis pratique, en l’illustrant par les grandes étapes de sa réalisation et les résultats donnés pour l’Arbre de Jessé.
10 h 20 Pause
· 10h30 Alberto MOLINA, Légitimité des sciences : archéologie d’une fausse évidence, Philosophie des sciences, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
Le concept moderne d’objectivité, qui se caractérise par son opposition à la subjectivité, est le fruit d’une évolution intellectuelle dont le principal point d’inflexion se situe au XVII° siècle. Et les différentes définitions du concept qui jusqu’à aujourd’hui se sont succédées correspondent à différentes modalités de cette subjectivité qui, les unes après les autres, sont devenues « suspectes ». Mais la compréhension que la science moderne a d’elle-même est solidaire de sa conception de l’objectivité et du réel ; or la “conception du monde” est ce qui caractérise l’activité d’une subjectivité dont on crédite l’avènement à la modernité.
Nous essaierons de montrer que la Modernité , tout en balayant certains présupposés des précédentes conceptions du monde, en a conservé d’autres que nous retrouvons dans les caractéristiques pour nous évidentes de l’objectivité et de la réalité, et que les sources de ce sentiment d’évidence plongent leurs racines, entre autres, dans un fond théologico-politique qui n’a pas grand chose à voir avec l’investigation rationnelle sur la nature de la réalité. Comme dit Blumenberg, « Descartes a soigneusement effacé et nié les traces de son héritage historique pour constituer le mythe du commencement radical de la raison. » Autrement dit, la légitimité du discours scientifique s’est construite sur des fondements qu’aujourd’hui nous considérons illégitimes et récusons.
A partir de quelques exemples, nous verrons que certains des préjugés qui, au XVII° siècle, ont servi à constituer le modèle des sciences de la nature, sont encore en vigueur aujourd’hui. Et bien que ces préjugés soient hautement problématiques pour les sciences humaines, dans la mesure où ils fondent l’objectivité sur une négation du sujet, ils ont pourtant été indirectement adoptés par celles-ci.
· 11h10 Discussion
Déjeuner
· 13h30 Evelyne RIBERT, La modestie comme ressort de l’autorité, CNRS-CETSAH, Paris
En sociologie, les méthodes qualitatives, qui avaient connu il y a quelques années un certain engouement, ont tendance à être de nouveau dénigrées au profit des méthodes quantitatives, considérées comme plus scientifiques. Basées sur un nombre restreint d’entretiens ou d’observations, accordant une grande place à l’interprétation, les méthodes qualitatives peuvent en effet sembler peu objectives et rigoureuses. Comment défendre une analyse sociologique à partir de ce type d’enquête ? Trois problèmes se posent : celui de la généralisation, celui de la restitution du matériau sur lequel se fonde l’analyse, sachant qu’il est impossible de faire figurer l’intégralité des entretiens, et enfin celui de la défense d’une interprétation nécessairement subjective. A partir de ma propre pratique de recherche, j’exposerai les moyens qui me paraissent devoir être mis en œuvre pour convaincre un auditoire de la validité de tels travaux, dont la rigueur et l’intérêt viennent du fait qu’ils permettent de mettre en évidence la complexité des phénomènes sociaux et de souligner le caractère nécessairement fragile et limité de toute analyse sociologique. Mais, pour cela, il faut que le chercheur accepte de laisser une place au doute, autrement dit qu’il sache rester modeste et que les supports de publication le permettent…
· 14h10 Thomas ARCISZEWSKI, L’objet social et les niveaux de preuves, Psychologie sociale, Université Paris 5
La scientificité de nos disciplines est au cœur d’une production de connaissances qui se mêlent à la production de discours sur le monde. La confusion est entretenue entre ceux qui produisent un savoir commun et ceux qui dissertent de manière conjecturelle sur les faits sociaux, entre les sciences humaines et les journalistes et intellectuels. La tentation du discours est forte puisqu’il s’agit pour la plupart d’entre nous de décrire, d’analyser et de tenter de comprendre des phénomènes à la portée de tous, que chacun peu appréhender, sur lesquels beaucoup se font fort d'avoir des opinions et des connaissances.
Dans un tel cadre, la crédibilité de la connaissance produite est mise en jeu, et la frontière peut paraître ténue entre une opinion intelligente et un savoir outillé. Parmi ces outils que nous avons à disposition, le plus souvent avancé comme le meilleur garant de l’objectivité, est la méthode expérimentale. Cette dernière par sa structure RCT (randomized controlled trials), prend une place importante au sein des niveaux de preuve dans le courant de l’ « evidence-based ». Pensant qu’il ne s’agit peut-être pas de la seule méthodologie pertinente, nous explorerons ensuite les alternatives à la méthode RCT en tentant de mettre en lumière les critères de légitimité de notre savoir.
14 h 50 Pause
· 15h00 Brigitte OUVRY-VIAL, Conditions de possibilité d’une autorité : le cas du groupe GEST, Lettres modernes, Université Paris 7 Jussieu
Né d’une interrogation sur le statut du discours et de l’acte éditorial dans le champ des études littéraires, GEST (Geste Editorial Situations Théories), constitue un groupe de travail récent composé d’universitaires travaillant sur des corpus de langue française d’époques diverses (XVIe au XXe) et de praticiens du livre, éditeurs ou bibliothécaires. Il étudie l’acte éditorial considéré comme acte critique et interprétatif en même temps que médiation, transmission des œuvres essentiellement littéraires. On en exposera les enjeux, modalités de travail et étapes ou difficultés de légitimation qui tiennent à la nouveauté du champ disciplinaire défini, qualifié d’ « éditologie », à la diversité de statut institutionnel et de corpus de travail des différents membres du groupe, facteurs qui constituent un contrepoint à la subjectivité du chercheur individuel.
· 15h40 Discussion et conclusion de la journée
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· 9h00 Maude HATANO, La référence à l’interdisciplinarité dans les descriptions des activités de recherche : quelles stratégies d’action ?, Sciences de l’éducation, CNAM, Paris
L’objet de notre étude est de cerner les usages sociaux de la notion d’interdisciplinarité dans le discours que tiennent certains chercheurs sur leurs activités professionnelles dans le champ des sciences dites « dures. » Il s’agit donc de comprendre le sens et les significations que les chercheurs construisent de l’interdisciplinarité dans la description de leur travail. Nous supposons en effet que cette référence discursive fait partie d’un dispositif stratégique recouvrant de multiples fonctions. L’unité sémantique du mot n’est qu’apparente, et chacun élabore son contenu. Dans le cadre du travail institutionnel de recherche, l’acteur doit désormais prendre en compte nombre de contraintes et d’injonctions. Dans ce contexte de conflits et de pouvoir, le terme interdisciplinarité est un support à nombre de stratégies de présentation de soi, de son travail, de ses compétences ou encore de ses collaborations. Nous émettons par ailleurs l’hypothèse suivante, à savoir qu’il est la marque d’un autre travail personnel de production idéologique dans le sens où il harmonise et résout dans le discours des tensions identitaires vécues et engendrées par les situations de travail.
21 entretiens semi-directifs ont été menés avec des chercheurs ayant tous participé à des formations identifiées comme interdisciplinaires par les institutions de recherche (EPST).
· 9h40 Pierre HEBERT, Réflexion sur l’effet structurant des politiques de la recherche universitaire en sciences humaines, au Québec, Lettres et communications, Université de Sherbrooke, Canada
Depuis près de quinze ans, je travaille sur la censure et la littérature au Québec, ayant publié plusieurs articles, dirigé deux numéros de revue et signé deux livres sur la question. J’ai fait ces recherches à l’aide de subventions du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), dont la dernière est toujours en cours. J’ai donc été témoin des mutations de la recherche en sciences humaines, voyant s’étioler la recherche individuelle, subventionnée ou non, et s’imposer la recherche en groupe ou réseaux, le programme de Chaires du Canada représentant le dernier avatar en cette matière.
Je me propose donc, dans cette présentation, de retracer en premier lieu ce parcours, en décrivant tout particulièrement les politiques des organismes subventionnaires du Québec et du Canada anglais dans le domaine des sciences humaines. De plus, je ferai le point sur le programme des Chaires et sur la manière dont celles-ci sont perçues par la communauté universitaire.
À la suite de ce volet descriptif, je vais suggérer une interprétation de ces politiques de la recherche. Mon hypothèse n’est pas sans rappeler ce que Roland Barthes disait à propos de la censure : la vraie censure n’est pas celle qui interdit, mais qui oblige à dire – et, ici, qui oblige à chercher de telle ou telle manière. Autrement dit, les politiques de la recherche structurent l’objet de recherche et la méthodologie utilisée. Je montrerai à cet égard le déclin, en recherche littéraire, des études sur un auteur, sur une thématique (au sens large), et la montée des objets de recherche « segmentables », appropriés à la recherche de groupe.
10 h 20 Pause
· 10h30 Dominique BESSIERES, La professionnalisation: nouveau vecteur de légitimité du chercheur ? Sociologie, Université de Reims Champagne-Ardenne
La légitimation du travail scientifique peut-elle être une professionnalisation sociale support d’une légitimation sociétale ? Deux enquêtes universitaires récentes permettrons d’éclairer cette interrogation (AEP-EA 3331 avril 2005, Faure S., Soulié S, Millet M juin 2005). Les disciplines universitaires ont un rôle en termes de labellisation (Latour), d’habitus, de compétences et de trajectoire professionnelle. Mais, aujourd’hui, la dimension collective (réseaux, collégialité) semble délimiter une forme de professionnalité valorisée dans la société (Boltanski et Chiappello, Lienhart). La reconnaissance d’expertises pluridisciplinaires des chercheurs est-elle de même nature ? Les théories de la légitimation (Cotteret, Sfez…) pour mieux correspondre à la société et à ses croyances actuelles incitent à voir dans le développement des recherches pluridisciplinaires un enjeu de crédibilité du chercheur.
· 11h10 Christine DETREZ, Anne SIMON, Représentations du féminin : entre sociologie et littérature, Sociologie, ENS Lettres et Sciences humaines, Lyon, Lettres modernes, CNRS
Notre proposition dans le cadre de cette journée d’étude vise à témoigner de notre expérience récente de travail en commun : l’une sociologue, l’autre littéraire, nous avons mené ensemble un travail sur les représentations du féminin dans plusieurs espaces discursifs, et notamment la littérature féminine contemporaine. Il s’agissait d’analyser en effet un corpus de romans très médiatisés (Catherine Millet, Catherine Cusset, Camille Laurens, Lorette Nobécourt, Virginie Despentes…), et de voir quelles représentations symboliques du féminin y étaient engagées, derrière une apparente libération des mœurs et de l’écriture. Nous avons ensuite élargi l’analyse aux discours médiatiques et scientifiques tels que les vulgarisent les best-sellers scientifiques. Notre expérience nous semble intéressante à plusieurs titres : tout d’abord, nous avons été amenées à nous confronter chacune au champs scientifique de l’autre (sociologue parmi les littéraires, littéraire parmi les sociologues), et à mesurer sur le terrain les difficultés de l’interdisciplinarité.
· 11h50 Discussion et conclusion des journées d’études.
Déjeuner
Présentation
Ces journées de réflexion s'adressent au public et aux chercheurs débutants et confirmés de toutes les disciplines et institutions confondues. Les conférences traiteront des pratiques d'autorisation et de légitimation actuelles du chercheur...
...sur le terrain ou dans les institutions,
...avec de nouvelles technologies et méthodes,
...à l'ère de l'interdisciplinarité et du travail en équipe,
...devant des objets d'étude inhabituels, au sein de disciplines récentes,
...confronté au doute de l'objectivité en sciences exactes, humaines et sociales.
Les communications sont regroupées par thèmes, abordant les différentes facettes du questionnement par le témoignage des intervenants sur leurs pratiques et discours dans leur domaine et par des réflexions plus générales sur le paysage contemporain de la recherche. Une discussion ouverte entre auditoire et conférenciers est prévue après chaque demi-journée.
Quel que soit le domaine d'étude, la recherche scientifique mène dans le meilleur des cas à une connaissance exacte et approfondie à caractère universel et objectif de la chose étudiée. Le chercheur tente d'y accéder par principe et dans l'idée de contribuer au progrès de l'humanité sur les plans moral et technique. De quelles stratégies discursives et politiques, de quelles méthodes d'approche et fondements épistémologiques le chercheur se sert-il pour convaincre son auditoire de la pertinence de ses analyses et conclusions ?
L'hypothèse de départ consiste à penser que des mutations d'ordre social, politique et métaphysique au XXe siècle ont bouleversé le paysage scientifique au point de saper les fondements (généralement positivistes du XIXe siècle) sur lesquels le chercheur individuel s'appuyait, plus ou moins consciemment et rigoureusement, pour donner autorité à ses résultats et à ses développements analytiques. Au cours du siècle, les courants de pensée, les méthodes d'approche et les objets d'analyse se sont diversifiés au sein même des disciplines, qui se sont par ailleurs renouvelées, démultipliées, fractionnées ou éteintes. L'apparition de nouvelles technologies est venue bouleverser les pratiques de la communauté scientifique, accompagnées de questions sur leur propension à atteindre des résultats objectifs. De ces événements, il ressort une conscience épistémologique accrue, pénétrant les textes des chercheurs, entourant les résultats de leur recherche d'un ensemble de circonvolutions discursives et méthodologiques, parfois au point où l'intérêt pour la méthode prend le pas sur celui de l'objet d'étude. La question qui se pose est donc non seulement de savoir quelles sont les pratiques d'« autorisation », mais aussi si et comment elles ont changé au sein d'un monde en mutation.
Organisation: Anika Disse, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris
Colin Lemoine, Université Paris-IV Panthéon-Sorbonne